Aujourd’hui, je parlais avec un homme que j’accompagne du sentiment de vide intérieur qu’il ressent et qu’il a tendance à chercher à remplir par certains comportements addictifs, comme les jeux vidéo ou la pornographie.
La nuit, lorsqu’il se réveille et que les pensées liées à une relation qu’il vit se présentent à lui, une angoisse apparaît. Le porno devient alors un moyen de faire baisser la tension, de s’apaiser suffisamment pour pouvoir se rendormir.
Nous avons exploré ensemble ce qui se joue derrière ces comportements.
Ce vide, il le décrivait comme existentiel, et je partage cette lecture.
Il peut être le sentiment d’une séparation avec la Source, d’une perte de conscience du contact avec ce que nous sommes profondément.
ET, il peut aussi traduire un manque de nourriture relationnelle et affective, un besoin de contact humain, de relation, d’intimité, d’appartenance. Le besoin de sentir que nous avons notre place parmi les autres, dans un groupe, dans la communauté humaine.
Ces deux dimensions ne s’opposent pas. Elles coexistent et s’entrelacent dans notre expérience.
Lorsque cet homme ressent de l’ennui, une forme de vide ou une tension intérieure, il ne reconnaît pas toujours le besoin qui se trouve derrière ce qu’il éprouve. Il peut être plus facile de se tourner vers les jeux vidéo ou la pornographie que d’identifier ce qui demande à être nourri en lui, puis d’ouvrir un chemin pour y répondre.
Par exemple, il aimerait créer un lien amical avec une femme qu’il a rencontrée lors d’un stage. Il pourrait lui écrire un message, prendre l’initiative d’une rencontre, proposer d’ouvrir un espace pour que cette relation puisse exister. Mais quelque chose le retient.
Il y a la peur du rejet, la peur d’être jugé, de passer pour un homme qui aurait toujours des intentions cachées lorsqu’il cherche simplement à nouer une amitié.
Et derrière ces peurs, une croyance plus profonde : celle qu’il y aurait quelque chose qui ne va pas chez lui, qu’il serait différent des autres, en retard sur son chemin d’évolution, si important dans le milieu du développement personnel, où l’on peut finir par se sentir toujours trop quelque chose et pas assez autre chose.
Alors, avant même d’avoir fait un pas vers l’autre, il anticipe déjà la possibilité d’être mal reçu. Il s’attend au rejet et préfère rester dans des comportements connus, qui lui procurent un apaisement immédiat sans l’exposer à cette éventualité.
Nous cherchons à calmer le manque sans nécessairement rencontrer ce qui le constitue.
C’est là que le travail intérieur prend tout son sens. Il s’agit de devenir conscients de ces peurs, de ces croyances, de ces mouvements qui nous conduisent à répéter certains comportements. Non pas pour nous condamner, ni pour nous obliger à agir autrement, mais pour pouvoir les accueillir, les rencontrer et les traverser. Pour reconnaître le besoin qui se trouve derrière l’ennui, l’angoisse ou l’envie de nous retirer, et retrouver progressivement la liberté d’y répondre autrement.
Dans ce cheminement, la relation à la Source est essentielle.
Retrouver cette connexion nous permet de revenir à un sentiment plus profond de notre propre valeur, de notre dignité, de notre capacité à être aimés. Nous pouvons commencer à sentir que notre valeur n’est pas suspendue à la réponse d’une personne, à son intérêt pour nous, à sa disponibilité ou à sa capacité à nous accueillir.
Si cette femme ne répond pas à son message, si elle ne souhaite pas créer un lien avec lui, cela ne dira rien de sa valeur intrinsèque. Cela ne signifiera pas non plus qu’il vient de perdre sa dernière possibilité de tisser un lien, de vivre une rencontre ou de faire l’expérience de l’amour.
La relation à la Source lui permet de retrouver un point d’appui intérieur essentiel, un sentiment et une expérience d’être digne d’amour qui ne dépendent pas de la réponse de l’autre. À partir de là, il peut aller vers cette femme sans faire de sa réaction un verdict sur sa valeur. Il peut désirer une relation, prendre le risque d’un rapprochement et laisser à l’autre la liberté de répondre, ou non, à son mouvement.
Mais cette dimension intérieure ne remplace pas la rencontre avec le monde.
Se reconnecter à la Source ne signifie pas que nous n’avons plus besoin de relations, de contact, d’intimité ou d’appartenance. Cela ne signifie pas non plus que nous pouvons nous dispenser de rencontrer nos peurs, sous prétexte que notre valeur est déjà présente et ne dépend de personne.
L’horizontalité est essentielle. Elle consiste à aller à la rencontre de la vie, des autres, de ce qui nous attire et de ce que nous désirons vivre. Elle nous invite à identifier les peurs qui nous retiennent, à les accueillir, à leur faire une place, puis à les traverser pour pouvoir nourrir les besoins humains qui sont les nôtres.
Il ne s’agit pas de faire disparaître la peur avant d’agir, ni d’attendre d’être parfaitement libres intérieurement pour nous engager dans une relation. Il s’agit d’apprendre à avancer avec ce qui est là, sans laisser nos peurs décider systématiquement à notre place.
Nous pouvons ressentir la peur du rejet et écrire malgré tout ce message. Nous pouvons craindre d’être mal compris et tenter malgré tout une rencontre. Nous pouvons désirer une relation sans exiger qu’elle se réalise exactement comme nous l’avions imaginée. Nous pouvons prendre le risque d’aller vers l’autre, non parce que nous avons la certitude d’être accueillis, mais parce que nous reconnaissons que ce mouvement répond à quelque chose de vivant en nous.
La verticalité et l’horizontalité sont indissociables. La relation à la Source nous permet de ne plus faire dépendre notre valeur de la réponse du monde. Le mouvement vers le monde nous permet, à son tour, d’incarner cette liberté dans nos choix, nos relations et notre manière d’habiter la vie.
Une verticalité qui ne se traduit pas dans notre rapport au monde, dans notre manière d’aller vers les autres et de répondre à nos besoins humains, risque de basculer d’une spiritualité refuge, à une spiritualité de fuite.
Nous pouvons nous sentir profondément reliés à quelque chose de plus vaste, comprendre que notre nature essentielle n’est pas définie par nos blessures, et continuer malgré tout à éviter les situations qui nous font peur. Nous pouvons utiliser la spiritualité pour nous tenir à distance de notre vulnérabilité, de notre désir de lien, de notre besoin d’être accueillis, de tout ce qui, en nous, demande encore à être rencontré.
Or, il ne s’agit pas de choisir entre la Source et l’humain que nous sommes. Il s’agit de laisser cette relation profonde nourrir notre manière d’être humains, avec nos besoins, nos désirs, nos peurs et notre aspiration à la rencontre.
Retrouver la Source ne nous dispense pas de vivre. Cela nous permet de vivre autrement, sans demander au monde de nous donner la preuve de notre valeur, mais sans renoncer non plus à aller vers lui pour y chercher les rencontres, les liens et les expériences que nous avons la joie de désirer.
C’est dans ce mouvement que la transformation devient vivante. Non seulement dans ce que nous comprenons de nous-mêmes, mais dans ce que nous osons faire de cette compréhension, dans les messages que nous envoyons, les rencontres que nous tentons, les besoins que nous reconnaissons, les liens que nous tissons et la liberté que nous apprenons à habiter au cœur même de notre humanité.
Si vous souhaitez explorer ces mécanismes dans le cadre d’un accompagnement individuel, je vous invite à découvrir mon approche ici
