Suis-je une mystique ?

Ce que je peux dire, au-delà de toute définition, est que la contemplation est au centre de ma
vie, le lieu duquel tout le reste surgit : mes choix, mes actes, mes journées.
Je prends des heures tous les matins pour cela. Pour le silence, l’intériorisation.
Pour rejoindre ce lieu que, dans l’Évangile de Philippe, on appelle la chambre nuptiale.
L’expérience d’union avec le divin est là. Et mon choix est là aussi, renouvelé ou non chaque
jour. Car nous sommes libres de choisir à quoi nous consacrer chaque jour.
Et moi, je veux le connaître plus que tout.
Je veux le vivre dans ma chair, vivre Sa présence en moi, réaliser la nature de notre relation.
Puis je vis ma journée en essayant au mieux de laisser l’amour me traverser et se donner à
travers moi, ainsi que la joie, la paix, etc.
L’endroit de retrouvaille de la relation est toujours l’instant présent, tel qu’il est, quoi qu’il y
ait.
S’il y a une colère, alors c’est là notre lieu de rendez-vous. Si c’est la paix, alors c’est là.
Dès que je refuse de ressentir, dès que je me dissocie du présent tel qu’il est, je renonce par le même coup au rendez-vous.
Rendez-vous entre quoi, entre qui ?
Entre moi, dans mon humanité bel et bien incarnée — moi en tant que forme, corps, pensées,
émotions — et la Source qui émet la vie, ma vie, instant après instant.
Une autre façon de le dire : entre moi dans mon humanité muable, et moi la Vie, et l’Amour qui engendre instant après instant la vie.
Une polarité émissive, une réceptive.
Un « ciel » / principe créateur non manifesté qui donne, une terre / création qui se reçoit.
Le Ciel est l’Amour, dont je fais l’expérience dans mon humanité : car Il me traverse, Il
expérimente, il trouve chair à travers moi, à travers nous.
C’est l’union.

Comment réalise-t-on cela ?

Déjà en prenant conscience de cette aspiration, en la reconnaissant comme à l’origine de
toutes les autres, au cœur de toutes les autres.
Toute autre aspiration — au succès, à plus d’argent, à un amoureux — n’est qu’une extension,
parfois très éloignée de son origine, de cette aspiration ontologique.
La reconnaître est ce qui permet de diriger le feu sacré du désir le plus profond, le plus
puissant, vers la Source qui peut l’abreuver. C’est si important, c’est nécessaire.
Puis, apprivoiser le silence.
L’intériorisation, le souffle.
Car cette relation est le tissu même de notre être : c’est forcément dedans qu’on la retrouve,
tout au fond, comme au fond d’une armoire remplie de vêtements usés et inutiles.
Je m’intériorise : cela veut dire que je vois ce qui est là.
Et souvent cela veut dire amener la conscience, au mieux que je peux, aux zones de non-
amour au fil de mes journées ou dans mes assises contemplatives.
Les zones en moi fermées à être traversées, les zones de peur/séparation, pour les ouvrir à être habitées par l’amour, disponibles à être traversées.

Prenons une situation banale, concrète, car la spiritualité est la vie qu’on vit, pas celle qu’on pense.

Disons par exemple qu’une personne manque à honorer un accord pris — dans le cas précis pour moi, c’était le paiement d’une formation.
Cela active chez moi une colère très forte. Je vais la visiter.
Je vois l’émotion en cours en moi, car je reste présente et en observation.
Ensuite je vois la croyance, le discours mental qui accompagne l’émotion, le plus en
profondeur possible.
Face à tout ce qu’on vit, une interprétation se formule en nous. L’humain ne peut pas
s’abstenir de chercher du sens. J’ai interprété ce qui vient de se passer, même si souvent je
n’ai aucune conscience de mon interprétation, car je la prends pour la réalité objective.
Ce sont nos significations attribuées, nos croyances.
Et elles sont stratifiées.
Car ce sont des strates d’interprétation. La plus profonde revient souvent à une croyance dans la séparation entre moi et la Source : par exemple « je ne mérite pas », ou « je suis sans
ressources », ou « je suis seule, abandonnée ».
« On ne me respecte pas » (le téléphone volé) me conduit sur le sentier à « Je ne mérite pas le respect ».
Mes interprétations : « les gens ne me respectent pas », et plus profondément encore, une
croyance de ne pas mériter le respect.
« Si j’étais plus respectable, cela ne se serait pas produit. »
C’est le mécanisme par lequel l’enfant que nous étions a personnalisé ce qui lui arrivait. Et
puisqu’il vit encore comme une partie de nous, il continue de faire de même : il se place
encore, quelque part, à l’origine du manque d’amour exprimé par l’autre.
Le manque d’amour dans toutes ses déclinaisons possibles : manque d’attention, de respect,
de considération, de protection, etc.
Donc en intériorisation, je rejoins cette croyance profonde. Et l’émotion qui l’accompagne est
la honte — comme c’est souvent le cas en présence de la croyance « je ne mérite pas, je ne
suis pas assez ».
Et puis il y a la peur, avec la croyance : « et je n’y peux rien ».
Par rapport à cette croyance, l’attitude qu’on peut avoir, quand on est dans une aspiration à la
guérison, serait d’essayer de substituer cette croyance par une croyance plus positive.
C’est ce que proposent un nombre infini d’approches de développement personnel.
Dans cette démarche, on reste au niveau de la personnalité, et on cherche à lui apprendre à
croire qu’au contraire « je mérite du respect ».
Ok. Pour quelqu’un, cela a peut-être été le Graal.
J’ai tenté une infinité de chemins en 25 ans de recherche, certainement celui-là amplement.
Et je ne dis pas que cela ne sert à rien, ni qu’il n’a pas un effet de soulagement.

Mais en ce qui me concerne, cela ne s’enracine pas profondément pour pouvoir vraiment
rester à l’intérieur de moi.
C’est un peu comme vouloir sauver un arbre malade en agissant uniquement sur les branches, alors que les racines tiennent le reste.

Que veut dire atteindre les racines ?

Déjà, laisser l’émotion circuler, être ressentie.
Et clairement, on parle ici des couches émotionnelles, car nos croyances se répètent.
Depuis l’époque où elles se sont formulées comme des briques de fondation identitaire,
l’expérience de ces croyances s’est répétée maintes et maintes fois, même sans conscience de leur origine.
Donc on a besoin de laisser circuler l’émotion, de nous laisser traverser par elle. Mais à un
moment, pour moi, il faut aller plus loin, car la dimension spirituelle est la seule voie de
guérison véritable.
Je pose l’intention de rejoindre, dans le silence en moi, la chambre nuptiale, où moi et la
Source sommes un. Où je me sais engendrée instant après instant par l’Amour.
Où je réalise être Vie, insufflée par l’Amour qui donne la vie à chaque respiration qui m’est
donnée.
Et je réalise être Amour, que mon être est le sien, que la Source est Amour.
Donc en aimant, quand je laisse mon cœur aimer, c’est l’expérience du non-manifesté dans la
chair. Ou de Dieu en l’humain, si vous voulez.
C’est ce que je suis et d’où je viens. Et cet amour est aussi la nature de la relation entre d’où
je viens, la Source, et la manifestation de la Source que je suis.
Au niveau de notre identité divine, la croyance « je ne mérite pas » s’efface à la lumière de la
vérité.
Ce n’est plus quelque chose à remplacer.
C’est une illusion qui se dissout.
Et finalement, c’est la perche grâce à laquelle on est descendus chercher la vérité en nous.
C’est la fonction même de la souffrance.
Au centre du silence, cette croyance est un « nonsense », comme une feuille morte qui tombe de l’arbre.
Et la vérité se révèle.
La vérité de l’être est une vérité ontologique, existentielle, identitaire.
Elle ne dépend d’aucune condition, ne change pas, n’est pas exclusive.
C’est la vérité de l’être, de tout être, de toute vie.
Et là, je suis réceptacle d’un amour infini derrière la vérité qui se révèle.
La vérité de mon être est : « Je suis Amour, mon être est Amour. Et je reçois mon être instant
après instant, dans une réceptivité qui se renouvelle, par une Source qui est Amour, dont je
suis la manifestation des qualités. »
À ce niveau, « je ne mérite pas » se dissout dans la Vérité.

Du coup il suffit de « se dire ça » ? De « savoir ça » ?

Non. Sinon on le saurait déjà.
On lit dans beaucoup de spiritualités modernes ou new age :
« Je suis le divin, donc je mérite. »
Mais en avoir le concept ne suffit pas. En faire une énième croyance positive/outil est le
grand et subtil risque.
La réalisation ne se situe pas au niveau mental. Et c’est bien là que l’ego spirituel nous fait
croire le contraire.
Les concepts ne sont que des doigts qui pointent la lune, ils ne sont pas la lune.
Nous avons besoin d’apprendre à rejoindre cet endroit intérieur, dans le silence, où la vérité
de notre être se réalise.
La spiritualité n’est pas une question de concept, encore moins de dogme. C’est la mystique.
C’est une expérience vivante de retrouvailles avec ce qui est immuable : la vérité de notre
être.

Voilà. Mon travail est de m’accompagner et d’accompagner dans ce voyage-là, dans ses différentes étapes.

Il inclut la prise de conscience de l’émotion, de la croyance qui génère la souffrance, et du fait que cette souffrance se répète chaque fois que le scénario se rejoue.
Il inclut de traverser l’émotionnel, de laisser circuler l’émotion, et puis de descendre pour rejoindre le lieu où la vérité de notre être respire et peut être réalisée.




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