Quand le corps réagit avant que l’esprit comprenne
Il arrive que nous ayons énormément compris.
Nous connaissons notre histoire. Nous reconnaissons nos schémas. Nous savons même, parfois
avec une grande clarté, comment nous voudrions répondre autrement à une situation : prendre du
recul, poser une limite, rester présents, ne pas nous précipiter, ne pas attaquer, ne pas fuir.
Et pourtant, lorsque quelque chose nous touche à un endroit particulièrement sensible, cette
compréhension semble soudain ne plus suffire.
Le corps réagit. L’émotion monte avec une intensité qui dépasse notre intention. Le mental
s’emballe. Nous savons ce que nous voudrions faire, mais quelque chose en nous semble déjà
parti ailleurs.
Les réponses souvent décrites par les termes fight, flight, freeze – et, dans le langage
contemporain du trauma, fawn – permettent de mettre des mots sur certaines de ces réactions
automatiques.
Et c’est précisément là que le travail avec l’EMDR peut devenir particulièrement précieux.
Comprendre n’est pas toujours suffisant
La compréhension est précieuse. Elle nous permet de donner du sens à notre histoire, de
reconnaître ce qui se répète et de voir plus clairement ce que nous voudrions transformer.
Mais il existe des moments où ce que nous avons compris mentalement n’est pas encore devenu
une possibilité vécue.
Je peux savoir que je ne suis plus dans la situation d’autrefois. Je peux savoir que j’ai aujourd’hui
des ressources, des choix, une capacité de partir ou de dire non que je n’avais peut-être pas
autrefois. Je peux même voir très clairement que ma réaction actuelle est plus intense que ce que
la situation semble demander.
Et pourtant, mon organisme peut continuer à répondre comme si quelque chose de l’ancien
danger était encore là.
Ce n’est donc pas nécessairement une compréhension supplémentaire qui manque. Parfois,
quelque chose demande à être accompagné à un autre niveau : celui de la charge émotionnelle,
des réactions physiologiques et des associations qui continuent à se réactiver dans le présent.
La mémoire traumatique : quand le passé rencontre le présent
Dire que « le corps garde la mémoire » est une manière simple de décrire une réalité plus
complexe : certaines expériences peuvent laisser des associations émotionnelles, corporelles et
perceptives qui se réactivent lorsque le présent ressemble, parfois de très loin, à quelque chose
qui a été vécu comme dangereux.
J’en connais personnellement la force.
Ayant vécu différentes formes de violence, pendant des années il suffisait que j’entende quelqu’un
passer sur le palier alors que j’étais chez moi pour que mon corps se fige et se mette
immédiatement en état d’alerte.
Dans cet instant précis, pourtant, il n’y avait pas de danger.
Mon corps ne répondait pas seulement à ce qui était en train de se produire. Il répondait aussi à
ce que ce bruit réveillait de mon histoire.
Un rappel du trauma peut ainsi provoquer une réaction d’alarme alors que la menace ancienne
n’est plus présente. Dans les états post-traumatiques, l’hypervigilance, le sursaut, l’irritabilité,
l’évitement ou l’engourdissement émotionnel font partie des réactions bien documentées.
Quand l’état d’alerte modifie aussi notre perception
Et cette activation ne concerne pas seulement ce que nous ressentons dans le corps.
Elle peut aussi rétrécir notre perception du présent.
Lorsque quelque chose en moi reconnaît du danger, mon attention se met naturellement à
chercher ce qui confirme ce danger. Certains signaux prennent une importance immense.
D’autres éléments du réel disparaissent presque de mon champ de perception.
Cela ne signifie évidemment pas que le danger est toujours imaginaire, ni que ce qui se passe
devant nous n’a aucune importance.
Cela signifie qu’une situation présente peut parfois rencontrer une mémoire ancienne, et que nous
pouvons alors répondre à plusieurs temps à la fois.
Retrouver davantage de régulation ne sert donc pas à nous convaincre que « tout va bien ». Cela
peut au contraire nous permettre de discerner plus justement ce qui appartient au présent, ce qui
appartient à notre histoire, ce qui demande une limite, et ce qui peut être rencontré autrement.
Fight, flight, freeze, fawn : quand la survie prend les commandes
Face à une menace, notre organisme dispose de réponses extrêmement anciennes et utiles.
Fight : combattre. Nous pouvons attaquer, devenir agressifs, accusateurs, chercher à reprendre le
contrôle.
Flight : fuir. Nous pouvons ressentir un besoin urgent de partir, couper, éviter, disparaître.
Freeze : nous figer. Le corps peut sembler paralysé ; nous ne savons plus quoi dire ou quoi faire.
Il peut également y avoir de l’engourdissement, de la confusion, une sensation d’absence ou des
phénomènes dissociatifs : comme si nous n’étions plus entièrement présents à nous-mêmes ou à
ce qui se passe.
Le terme fawn, très utilisé aujourd’hui dans les approches informées par le trauma, décrit quant à
lui une tendance à chercher la sécurité en s’adaptant excessivement à l’autre : dire oui lorsque
nous voudrions dire non, apaiser, nous rendre extrêmement accommodants, préserver le lien à
n’importe quel prix.
Je préfère cependant ne pas transformer ces mots en nouvelles étiquettes. Ils décrivent des
réponses possibles ; ils ne résument jamais une personne.
Les relations : un lieu puissant de réactivation
Les relations sont probablement l’un des lieux où ces mémoires peuvent se réactiver avec le plus
de force.
Un silence. Une distance. Un changement de ton. Une absence de réponse. Une limite posée par
l’autre. Quelque chose qu’il fait – ou précisément quelque chose qu’il ne fait pas.
Et soudain, la charge qui nous traverse paraît immense, parfois presque incompréhensible au
regard de l’événement déclencheur.
Nous pouvons attaquer. Fuir. Nous figer. Nous dissocier. Nous perdre dans une confusion
mentale. Ou nous adapter à l’autre jusqu’à ne plus sentir clairement ce que nous-mêmes voulons.
Lorsque l’intensité semble complètement disproportionnée, cela ne prouve pas automatiquement
qu’un trauma est à l’œuvre. Mais cela peut être une invitation précieuse à regarder si quelque
chose de plus ancien s’est activé.
Car tant que cette charge nous submerge, notre capacité de discernement et notre liberté de
réponse peuvent se trouver considérablement réduites.
Et là encore, il ne s’agit surtout pas d’utiliser le trauma pour nier la réalité relationnelle. L’autre peut
réellement avoir un comportement qui ne nous convient pas. Une relation peut réellement
demander une limite ou une séparation.
L’enjeu est de retrouver suffisamment de présence pour pouvoir voir plus clairement.
Quand même méditer devient inaccessible
Il existe également quelque chose dont on parle peut-être moins dans les milieux spirituels :
lorsque le système nerveux est fortement activé, même l’espace méditatif peut devenir
momentanément inaccessible.
Je le connais très bien.
Lorsque mon système nerveux s’active fortement, essayer de méditer peut devenir pour moi une
perte de temps. Le mental tourne à deux mille à l’heure, le corps est en état d’alerte, parfois une
charge proche de la panique est présente.
Dans ces moments-là, me demander simplement d’accéder à la paix, à la présence ou à une
vision plus vaste ne suffit pas.
Je dois d’abord trouver un chemin qui accompagne ce qui est activé et permette au système de
retrouver davantage de calme.
Et c’est seulement depuis cet état que certaines zones profondes redeviennent accessibles.
Pour moi, cette distinction est essentielle : la spiritualité n’a pas à servir à dépasser ou à nier ce
que le corps est en train de vivre. Parfois, accompagner le corps est précisément ce qui permet de
retrouver l’accès à notre profondeur.
Le retraitement EMDR : retrouver de la liberté de réponse
C’est l’un des aspects de l’EMDR que je trouve particulièrement puissant.
L’EMDR – Eye Movement Desensitization and Reprocessing – est une psychothérapie centrée sur
le retraitement d’expériences perturbantes. Dans un cadre thérapeutique adapté, le travail vise
notamment à permettre qu’une expérience qui continue à déclencher une forte détresse puisse
être retraitée et intégrée différemment.
Ce qui me frappe dans ma pratique est la vitesse parfois surprenante avec laquelle une charge
émotionnelle qui semblait débordante peut perdre de son intensité.
Non pas parce que l’histoire est effacée.
Non pas parce que nous décidons mentalement qu’elle ne devrait plus nous toucher.
Mais parce que quelque chose semble pouvoir enfin reprendre son mouvement.
Et lorsque la charge diminue, un autre état devient disponible.
Il peut y avoir davantage de calme. Davantage d’espace. Une perception plus large. La possibilité
de prendre du recul. De ne pas répondre immédiatement. De sentir ce qui est juste. De choisir une
action plutôt que d’être entièrement emportés par une réaction.
Le présent peut progressivement redevenir le présent.
Régulation, discernement et profondeur
Pour moi, c’est ici que travail thérapeutique et travail spirituel peuvent profondément se rencontrer.
Pas en demandant à la spiritualité de nous faire sortir de notre humanité.
Pas en essayant de méditer par-dessus une charge que notre organisme n’arrive pas encore à
traverser.
Mais en accompagnant suffisamment ce qui s’est figé, emballé ou désorganisé pour que l’accès à
nos ressources redevienne possible.
Alors peuvent réapparaître la capacité de choisir, la lucidité, la paix – et parfois cette zone de
grande sagesse en nous qui n’avait pas disparu, mais à laquelle nous n’avions momentanément
plus accès.
Travailler avec l’EMDR à Paris
J’intègre l’EMDR dans mes accompagnements lorsque cet outil est pertinent pour ce qui se
présente : notamment lorsque certaines expériences passées continuent à produire une charge
émotionnelle intense, des réactions automatiques ou des difficultés relationnelles récurrentes.
L’EMDR ne signifie pas que toute réaction vient du trauma, ni qu’il faudrait retraiter chaque
émotion difficile. Il s’inscrit dans un accompagnement plus vaste, où il s’agit aussi d’écouter ce que
la situation présente nous dit réellement.
Si vous souhaitez découvrir mon approche de l’EMDR et les possibilités d’accompagnement, vous
pouvez consulter ma page EMDR Paris ou me contacter pour échanger sur votre situation.
