Pourquoi ton désir est sacré et destiné à être réalisé
Désir et spiritualité ne sont pas deux mouvements opposés. Ton désir est sacré. Et il est destiné à être réalisé. Non pas nécessairement selon la forme, le moment ou le chemin que tu imagines aujourd’hui. Mais parce qu’au cœur de ton désir, quelque chose cherche à devenir expérience. Nous avons longtemps appris à nous méfier du désir. À le considérer comme ce qui nous détourne de Dieu, de la Source, de notre nature profonde. Comme s’il fallait choisir entre le désir et le spirituel, entre la matière et l’Esprit, entre ce que nous désirons vivre ici et notre relation au divin. Dans l’écoute de mes profondeurs, ce que je réalise est exactement l’opposé. Le désir est le mouvement par lequel le non-manifesté ( la Source ) cherche à devenir expérience dans la manifestation. Nous, la manifestation, sommes son expérience. Si la Source est joie, elle désire que la joie devienne expérience à travers nous. Si elle est liberté, elle désire que la liberté devienne expérience. Si elle est Amour, elle désire que l’Amour puisse être vécu. Si elle est puissance créatrice, elle désire faire l’expérience de cette puissance dans les formes que nous créons. Nos désirs peuvent alors être entendus autrement : non comme la preuve de ce qui nous manque, mais comme l’appel de quelque chose qui cherche à s’actualiser à travers nous. L’innocence du désir Depuis très longtemps, le désir a été associé à la faute. Ève voit le fruit. Elle le désire. Elle le cueille. Elle le mange. Et nous avons appelé cela la Chute. Mais il existe une autre manière de contempler ce récit. Et s’il n’y avait pas eu de chute ? S’il y avait eu le désir d’Ève de saisir le fruit et, dans le même mouvement, le désir du divin de devenir expérience ? S’il n’y avait jamais eu en gros, deux volontés ? Sans cet élan, l’expérience n’aurait pas pu avoir lieu. Ce qui apparaît immédiatement après que le fruit a été mangé est profondément significatif : la honte et la culpabilité. Le désir est désormais jugé. Quelque chose qui était mouvement de vie devient objet de condamnation. Retrouver l’innocence du désir ne signifie pas considérer que tout désir doit être immédiatement agi, ni que tous ses mouvements nous amènent réellement ce à quoi on aspire profondément. Cela signifie cesser de considérer le désir lui-même comme une faute, et commencer à en saisir la nature « divine ». Le problème n’a jamais été le désir. La « souffrance » apparaît lorsque nous avons oublié la relation dont nous sommes issus. Ce que la manifestation oublie Nous sommes manifestation du non-manifesté. Et notre « position », notre place dans cette relation est fondamentalement une place de réceptivité avant tout. Nous recevons notre être, Nous recevons la vie, nous sommes la vie. Nous recevons, souffle après souffle, cette existence que nous ne produisons pas nous-mêmes. Et avec elle, nous recevons les qualités mêmes auxquelles nos désirs aspirent : la joie, l’Amour, la liberté, la puissance de créer, la paix, la plénitude, l’extase. Il ne s’agit donc pas de convaincre la Source de nous les donner. Il s’agit de retrouver notre dignité de recevoir ce qui est déjà donné et de permettre que ce don devienne expérience dans notre chair et dans notre vie. C’est ici, pour moi, que se trouve une différence essentielle avec beaucoup d’approches contemporaines de la manifestation. Manifester n’est pas seulement obtenir une forme Beaucoup d’approches de la manifestation travaillent essentiellement sur l’axe horizontal : moi → mon désir → la forme que je veux obtenir. Comment attirer cette relation ? Comment créer cette abondance ? Comment obtenir cette maison ? Comment rencontrer cette réussite ? Mais si ce mouvement ne revient pas à la Source, s’il ne nous ramène pas à la contemplation et à la réalisation expérientielle de la relation dont notre être lui-même procède, nous pouvons obtenir exactement la forme que nous désirions et demeurer pourtant dans la même conscience de séparation. Et alors la souffrance demeure, peut-être se suspend un petit instant, puis recommence. J’ai désiré l’argent et je l’ai obtenu — mais maintenant j’ai peur de le perdre. J’ai désiré cette relation et elle est là — mais maintenant j’ai peur que l’autre parte. J’ai désiré la reconnaissance et je suis reconnu — mais maintenant je dois continuer à l’être. J’ai obtenu la forme, mais je lui demande encore de me donner ce qu’elle ne pourra jamais garantir : ma sécurité ontologique, ma dignité, ma permanence, mon être. C’est pourquoi la réalisation extérieure d’un désir ne suffit pas à nous libérer de la peur. On peut posséder immensément et vivre dans la terreur de perdre. Parce que ce qui n’a pas encore été réalisé est la relation à la Source. Retrouver la verticale Sans la verticale, notre puissance de créer ne disparaît pas. Nous continuons à créer, parce que créer appartient à notre nature, celle-là qui nous a été déjà donnée. Mais cette puissance peut devenir errante. Nous créons alors depuis la peur. Nous pouvons aussi désirer à partir de la peur, ou du manque. Et tout manque est manque de réalisation « de notre nature en relation ». Nous accumulons pour nous protéger de la perte. Nous cherchons à prendre du pouvoir sur l’autre pour ne pas être abandonnés. Nous nous rendons invisibles pour ne pas être attaqués. Nous cherchons à être reconnus pour nous convaincre que nous avons de la valeur. Nous créons pour éloigner la mort parce que nous la croyons absolument vraie. Lorsque nous retrouvons la verticale, quelque chose change radicalement. Nous nous souvenons que notre être ne commence pas avec la forme et ne reçoit pas sa nature de la forme. Nous retrouvons la relation entre la manifestation que nous sommes et le non-manifesté dont elle procède. Nous retrouvons notre position de réception. Et alors la création peut cesser d’être une tentative d’échapper à la peur ou au manque pour redevenir la joie de créer. La différence est très subtile.
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